Partager l'article ! Un vrai débat républicain: L'autre soir a eu lieu à Woippy le débat sur l'identité nationale pour l'arrondissement de Metz-Campagne ...
Le blog-notes
de Julien Freyburger
L'autre soir a eu lieu à Woippy le débat sur
l'identité nationale pour l'arrondissement de Metz-Campagne. Des élus locaux, des responsables associatifs et, plus largement, des citoyens intéressés par ce sujet essentiel, étaient
présents en nombre.
Au-delà des inévitables polémiques liées soit à la nature de cet échange soit à sa survenance à quelques encablures d'échéances électorales ou même à son "imposition" par le gouvernement, j'ai
trouvé ce débat utile.
Utile parce qu'il a été l'occasion pour les différents participants de s'exprimer. Utile aussi parce qu'il a permis aux intervenants de se parler, ce qui n'est pas aussi courant que l'on pourrait
le penser.
J'ajouterais que les échanges ont tous été empreints de correction et de respect mutuel, ce qui n'allait pas forcément de soi si l'on considère les différences d'approche entre les uns et
les autres.
Quelques éléments forts sont ressortis de cette réunion, parmi lesquels le caractère dynamique de notre patrimoine national qui évolue et s'enrichit sans cesse. Il n'est pas souhaitable de
vouloir le figer par pure idéologie. La société française, ouverte sur l'Europe et sur le Monde, n'a pas vocation à demeurer à l'identique de ce qu'elle était au début du siècle dernier.
Autre élément, et non des moindres, au fondement de notre identité : le vouloir-vivre ensemble que d'aucuns dénoncent régulièrement en stigmatisant telle ou telle catégorie de la population. Les
esprits chagrins l'ont constaté par eux-mêmes : à l'issue du débat, ponctué par plusieurs interventions d'universitaires ou de responsables de services de l'Etat, les échanges se
poursuivaient en cercles plus restreints, ce qui augure bien de la soif de dialogue existant dans notre société.
Alors que des questions se posent avec une certaine acuité, notamment sous l'influence de l'actualité, helvétique pour la plus récente, un constat s'impose d'emblée : ce qui nous rassemble est
beaucoup plus important que ce qui nous oppose. Il s'agit là d'une vraie manifestation, on ne peut plus concrète, de notre identité collective. Héritiers de l'histoire de la France, nous
participons tous de sa réalité contemporaine. Pour que cette réalité que nous forgeons jour après jour soit la plus belle possible, chacun est conduit à faire des efforts, sur soi-même et
vis-à-vis des autres.
Les juristes ont généralement la difficile tâche de définir et de qualifier les situations qui se présentent à eux. Sans surprise, c'est donc un éminent juriste, Maître Bernard Branchet,
spécialiste de droit public et de science politique, qui, se reportant au célèbre arrêt de la Cour internationale de
Justice de 1955, Nottebohm, nous a présenté la définition la plus aboutie du lien de
nationalité, dont je vous laisse juges :
"(...) la nationalité est un lien juridique ayant à sa base un fait social de rattachement, une solidarité effective d'existence, d'intérêts, de sentiments jointe à une réciprocité de droits et de devoirs."
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Le débat intéresse vraiment les Français. Il s'agit en fait de définir ce que signifie "être Français" en 2009. On comprend dès lors que chacun d'entre nous puisse se sentir concerné comme tu le dis si bien.
Je souhaitais apporter un petit bémol à votre enthousiasme quant à ce débat sans pour autant vous attaquer vous même.
Mon commentaire ne vise donc pas votre personne mais le sujet lui même.
Vous dites qu'il s'agit d'un débat important, qui mérite d'être posé, que c'est un sujet dont chaque titulaire de souveraineté doit s'emparer pour apporter des pistes pour définir l'identité française. Que c'est un travail collectif, qui ne doit pas souffrir de la coïncidence temporelle avec les élections régionales. Soit.
Le débat tournait autour de la notion de nationalité. C'est bien le sujet du débat et pour ma part je dirais qu'il est inutile. Car une fois que l'on aura définit ce qu'être français, je ne vois pas en quoi l'on sera plus avancé.
Le publiciste présent à la réunion a donné une définition de la nationalité au sens du droit positif national et international. La définition internationale devant inspirée la future notion d'identité française. Je ne suis pas contre les discussions juridiques mais en l'espèce elle n'apporte rien. Une fois que l'on aura définit la nationalité française, nous n'aurons pas progressé nous aurons juste régressé.
Car la question implicite soulevée est "comment mieux vivre ensemble ?". C'est le ensemble qui doit attirer notre attention. Le "ensemble" regroupe les nationaux et les non nationaux. Or on définit ce qu'être français et on écarte, stigmatise le non national. Je dis qu'il s'agit d'une régression dans le sens où l'on aura enfermé l'identité française dans un carcan, on l'aura réduite alors que les principes et les valeurs de la république sont universelles. C'est là que le bas blesse, ce débat ignore la grandeur de la République, ces principes et valeurs ont été portés par la France pour affranchir et libérer le reste du monde en 1789. Ces valeurs et principes n'appartiennent pas à la France et les révolutionnaires ne l'entendaient pas différemment.
Pour s'en convaincre, l'une des intervenantes, délégué aux droits des femmes, disait qu'il fallait construire l'identité française autour du slogan "liberté, égalité, fraternité". C'est une pure aberration, le peuple allemand n'est il pas libre, égal et fraternel ?
Les révolutionnaires ont réussi leur tache alors que ce débat commence à ruiner la grandeur de la France.
Sur un autre plan, je vous ferais remarquer que le débat a vite tourné autour de l'Islam et sa compatibilité avec la République. Où est le débat sur l'identité nationale ? Je n'ai vu que des exaltés des deux bords prendre la parole.
C'est un débat dangereux qui nous fera immanquablement régresser.
Pourquoi ce débat est-il utile à mes yeux ? Vous citez l'oeuvre révolutionnaire qui a une vocation universelle. Très bien. Seulement, depuis, des événements sont venus perturber l'identité nationale française. Deux exemples : la défaite de 1940 et la guerre d'Algérie. Perte de confiance d'un côté et profond malaise de l'autre. Précisons qu'il s'agit là d'un constat partagé par beaucoup d'historiens et de sociologues et non d'une posture. Précisons aussi que ce constat continue de produire ses effets dans la société française contemporaine. On pourrait y ajouter la décolonisation qui a considérablement changé la face du monde et qui nous a concernés au premier chef.
Alors oui, on ne peut se contenter d'un nombrilisme peu en phase avec le phénomène de globalisation que nous connaissons. D'accord aussi pour dire que le "vivre ensemble" est à la base d'une vie collective épanouie. D'accord enfin pour y intégrer les personnes vivant sur notre sol et qui n'ont pas la nationalité française, à commencer par celles qui y sont depuis fort longtemps et celles qui disposent de la nationalité européenne découlant de la nationalité d'un Etat membre de l'Union européenne.
Ceci étant dit, le seul fait de susciter ce débat aujourd'hui facilite son élargissement aux thèmes que vous avez énoncés.
Enfin, vous abordez les suites qui pourraient (ou non) y être apportées. Ne pensez-vous pas que cette occasion de réfléchir et de débattre ensemble est déjà un premier pas important vers une plus grande cohésion des individus qui ont élu domicile sur le territoire français, quels que soient leur parcours et leur statut ?