Délocalisations, relocalisations

Publié le par Julien Freyburger

Le mouvement est encore (très) peu perceptible mais il existe, davantage dans les esprits que dans la réalité. Par-delà les reportages diffusés ponctuellement sur les entreprises qui relocalisent tout ou partie de leur activité en France, j'ai eu à plusieurs reprises ces derniers temps l'occasion de m'entretenir de ce sujet avec des entrepreneurs lorrains.

 

Ces chefs d'entreprise, des PME, ont fait le choix, dans le cadre du développement de leur activité, de produire à l'étranger pour réduire les coûts, augmenter leur marge bénéficiaire et disposer de moyens supplémentaires pour investir. C'était il y a cinq, dix, quinze ans ou plus. Sur le plan économique, on peut comprendre ces décisions car les conditions de production, particulièrement salariales, n'ont souvent que peu de rapport avec celles que nous connaissons en France. Bien entendu, l'ensemble des coûts de production ont un effet direct sur le prix de vente de ces produits auquel tous les consommateurs sont sensibles, surtout dans une période de crise.

 

Cependant, la donne a évolué en raison de plusieurs facteurs : chacun se rend bien compte qu'on ne peut plus consommer au même niveau des produits venant d'ailleurs dans des pays affectés par un affaiblissement de leur industrie. Ce que l'on ne produit pas ou plus chez nous représente autant de perte de richesse à la fois nationale et individuelle. L'idée d'un pays qui deviendrait seulement une terre de services, de loisirs et de tourisme, même si ces secteurs sont essentiels pour l'économie nationale, a fait long feu. Pour créer de la richesse et contribuer à l'augmentation du pouvoir d'achat, il faut produire des biens donc porter une attention exceptionnelle à l'industrie.

 

Autre facteur, le coût de l'énergie. Il est évident que si l'on produit loin de nos frontières des biens destinés à être vendus en France et en Europe, il faut bien les acheminer au plus près du consommateur. Or, les coûts de transport constituent un sujet de préoccupation grandissant pour nombre de PME. On pourrait y ajouter sans hésiter des considérations géopolitiques qui, elles aussi, peuvent influer sur la sécurité des approvisionnements, des différents flux, sans parler de l'indispensable confiance dans les lois et réglements en vigueur dans les pays de production.

 

D'autres éléments tendent à occuper une place de plus en plus importante. C'est le cas de la qualité des biens produits. L'expérience montre à chacun d'entre nous qu'il vaut parfois mieux dépenser plus pour faire une acquisition durable plutôt que de se laisser aller à des excès générés par une société de consommation ayant dépassé la limite de ce qui est raisonnable. Cette préoccupation rejoint bien sûr les considérations liées à la préservation de l'environnement (au sens le plus large du terme), de plus en plus présentes à l'esprit de consommateurs par ailleurs citoyens.

 

Ces quelques réflexions n'ont pas pour objectif d'idéaliser un futur qui serait par définition "le meilleur des mondes". La lucidité conduit à faire le deuil de certaines productions basiques dans nos pays européens. Le défi réside plutôt dans notre savoir-faire, notre niveau de formation, les progrès réalisés par la recherche. Dans ces domaines, nous ne sommes pas les plus mal placés, bien au contraire, et des efforts significatifs ont été réalisés ces dernières années.

 

Il ne faut rien s'interdire, à commencer par une évolution de notre fiscalité. Refuser d'emblée, comme le font certains, une TVA anti-délocalisations ne me paraît pas la voie à suivre car ce sont avant toute chose les charges qui pèsent sur les entreprises et sur les salariés qui réduisent les salaires et amenuisent notre compétitivité. D'aucuns rétorqueront que cette taxe est injuste parce qu'elle n'est pas progressive... mais elle aurait pour effet de reposer sur un socle beaucoup plus large et de permettre des avancées sur le plan des salaires et de la santé de nos entreprises.

 

Il ne faut pas refuser ce débat mais y apporter, là aussi, de la valeur ajoutée. Le "made in France", généralement gage de qualité, doit reprendre rapidement des couleurs.

Publié dans En France et Ailleurs

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Richard Malinowski 06/01/2012 11:55

Ces bonnes nouvelles nous changent un peu de ces élus qui font passer notre Lorraine pour une terre dévastée et sans avenir, autre qu'une vision socialiste.
Votre analyse monsieur Freyburger est pertinente. Elle reflète, a mon sens, l'état d'esprit de beaucoup de lorrains qui ne demandent qu'à retrousser leurs manches et dirent à nos politiques:
chiche, osons l'avenir !