Elections locales : non à une nouvelle cohabitation !

Publié le par Julien Freyburger

Edouard Balladur l'avait en son temps théorisée. Elle s'est ensuite appliquée, d'abord entre 1986 et 88 puis entre 1997 et 2002, à visage inversé cette fois puisque le président Chirac l'a expérimentée deux ans après son accession à l'Elysée et neuf ans après le début de son second séjour à Matignon, suite à la victoire de la coalition RPR - UDF aux législatives du printemps 86.

Ce type de cohabitation concernait le pouvoir national, le titulaire de la fonction présidentielle voyant la majorité à l'Assemblée nationale issue des rangs de son opposition. Deux légitimités reposant chacune sur le suffrage universel devaient ainsi apprendre à faire contre mauvaise fortune bon coeur, quelles qu'aient été les circonstances politiques de cette période bien particulière.

Les résultats de cette cohabitation au sommet de l'Etat - horizontale pourrait-on dire - ont été mitigés.

La première expérience a mis les nerfs des gouvernants à rude épreuve du fait de la grande combativité de François Mitterrand qui ne voulait rien céder du prestige de sa fonction et de ses prérogatives propres, se risquant à provoquer une rupture comme ce fut le cas lorsqu'il refusa de signer les ordonnances qui lui étaient soumises.

La seconde expérience fut placée sous le signe de la sérénité, Jacques Chirac étant davantage prompt à privilégier une "démocratie apaisée" , pour reprendre l'expression qu'il contribua à populariser.

Au final, deux enseignements sont à tirer de ces périodes de cohabitation : la grande adaptabilité de notre Constitution, véritable chef-d'oeuvre juridico-politique, et le bilan, sur le plan des résultats, très contrasté pour notre Pays en raison du manque de netteté de la situation politique intérieure, guère équilibré par notre politique étrangère, le message de la France étant quelque peu brouillé.

Au fil des années, cette cohabitation horizontale a fait place à une cohabitation d'un autre type, que l'on pourrait qualifier de verticale.

La droite et le centre, traditionnellement bien ancrés dans les provinces et villes de France, ont peu à peu cédé du terrain à des élus socialistes qui se sont appliqué à démontrer tout ce que leur fibre de gauche pouvait apporter à nos concitoyens. Avec plus ou moins de bonheur il est vrai, tant leurs actes sont souvent en contradiction avec leurs discours dominés par une phraséologie dont ils ont le secret.

Le résultat est criant aujourd'hui. Vingt des vingt-deux conseils régionaux ont une majorité socialiste appuyée par des alliés plus ou moins bienveillants à leur égard et la majorité des conseils généraux est dirigée par les mêmes. Sans parler des villes conquises encore récemment, à l'instar de Metz, Thionville et Forbach.

L'une des raisons invoquées par les candidats socialistes réside dans une forme d'équilibre avec le pouvoir gouvernemental. Je n'y crois pas un seul instant, d'autant que les relations indispensables entre Etat et exécutifs territoriaux peuvent s'en trouver singulièrement compliquées.

Plus qu'un équilibre introuvable, il me paraît judicieux de choisir sur la base d'un projet, gage de sérieux et de vision pour les équipes qui se présentent devant les électeurs. Et puis, s'agissant notamment des élections régionales, il faudra bien dresser le bilan des majorités socialistes sortantes. En la matière, il y a fort à parier que des surprises seront au rendez-vous et que celles-ci ne seront pas nécessairement bonnes.

Publié dans En France et Ailleurs

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